adhibhūtam ksharo bhāvah
purushash cādhidaivatam
adhiyajno 'ham evātra
dehe deha-bhrtām vara
O toi le meilleur des êtres incarnés, Je suis le permanent Purusha, qui est derrière toutes les manifestations matérielles changeant constamment, derrière les demi-dieux et dans ce corps derrière le sacrifice.

Chapitre 8
  1. Arjuna dit:
    O Suprême Personne, qu'est ce que ce Brahman, cet Adhyātman et cette activité? Qu'appelle-t-on Adhibhūtam et qu'est-ce qui est dit Adhidaiva?
  2. Cet adhiyajña, qui est-il et comment se trouve-t-il en ce corps, O Madhusūdana? Et comment dois-tu être connu par celui qui se contrôle à l'heure de la mort?
    Arjuna est moins ignorant qu'il ne veut le paraître car il saît parfaitement que l'adhiyajña est situé dans le corps de chacun et d'emblée il a appelé Krishna Purushottama car il saît aussi que tous ces épithètes désignent la Suprême Personne. En fait c'est un style littéraire traditionnel des Upanishads et surtout des Purānas que l'orateur prononce un nouveau mot ou cite une nouvelle personne en éludant la présentation pour que l'interlocuteur qui reçoit un enseignement pose la question: Qu'est-ce ou qui est-ce? Qu'a-t-il fait? O Maître, il t'incombe de tout me raconter à ce sujet.
  3. hrī Bhagavān dit:
    Brahman est le Suprême Inaltérable et la Présence en Lui est appelée Suprême Self (Adhyātman). La création consistant à produire l'apparition de la manifestation des créatures est reconnue comme une action.
    Sinon qu'Il s'étend à l'infini dans toutes les dimensions, dont celle du temps, et que par conséquent il est indivisible, le seul autre concept qui s'attache au Brahman est son inaltérabilité. Ce qui contient tout ne peut se changer d'une chose dans une autre. Des créatures apparaîssent à l'intérieur du Brahman, qui révèlent l'action d'une entité produisant des actions. Cette entité qui se manifeste par cette action est la Personne du Brahman, le Soi du Brahman (Adhyātman), sa manifestation propre ou la présence qui lui est propre (sva-bhāva que j'ai traduit par présence en lui). Le Parama-ātman est un autre concept, bien que désignant la même Personne qui ne peut être qu'unique puisqu'elle est suprême. Le Parama-ātman est le réceptacle de toutes les âmes, la destination suprême du yogin, celle qu'il s'agit d'atteindre au moment de la mort.
  4. O toi le meilleur des êtres incarnés, Je suis la Personne (Suprême) en amont des  manifestations matérielles qui changent constamment, en amont du divin et dans ce corps en amont du sacrifice.
    Bhāvah est un nom masculin désignant un être actif et qui devient. Presque systématiquement ce qui est actif est masculin en sanskrit. Adhibhūtam et adhidaivatam sont par contre des substantifs neutres désignant des attributs de la Personne (Purusha) que Krishna a dit être à la fin de la section précédente. Bhūta est la manifestation passée ou tout du moins achevée, i.e. ce qui est déjà apparu, manifesté, toute chose et tout être matériel, mais aussi le fantôme, la créature fantastique servant Shiva. Par essence elle est éphémère et elle change au fur et à mesure qu'elle vieillit: kshara bhāva. Div c'est jouer, Div ou Dyu est Dieu du ciel, diva est le jour, le ciel au sens commun, et divya désigne ce qui est intrinséquement divin, d'essence divine. Deva appartient à Div ou est issu de Div, c'est une créature divine, un (demi-)dieu, la personnification ou "l'incarnation" d'une forme d'essence divine, aux caractéristiques limitées, une partie de Div, tandis que daiva est ce qui appartient aux devas et daivata tout ce qui se rapporte à eux. La traduction ci-dessus tient compte du fait que Krishna a dit précédemment qu'il s'agit de Lui derrière tous ces qualificatifs. Mais comme le shloka n'a pas de verbe et que tous ces noms sont des nominatifs, il est loisible de le lire comme une suite de définitions répondant à la question d'Arjuna point par point: L'essence des créatures (adhibhūtam) est l'impermanence de leur manifestation; l'essence de ce qui se rapporte au divin (adhivaivatam) est la Personne; en ce corps Je suis l'essence du sacrifice (adhiyajña). De même que dans le shloka précédent: L'Essence Suprême (adhyātman) est la Personne présente dans le Brahman. Comme de toute formule lapidaire, on peut en donner de nombreuses traductions. Quoi qu'il en soit, ce qui est en amont du divin, d'essence divine en chaque création est le concept qu'elle manifeste: Indra est pure autorité, Vāyu est pure activité, Agni est pure énergie.... Ce qui est l'essence du sacrifice dans le cœur de chacun est la double présence spirituelle (shloka 5-14 et autres) qui inspire à la créature le sacrifice, ce lien entre les créatures assurant leur coexistence en harmonie. Dans ce cœur siègent deux personnes: l'une accomplissant le sacrifice et l'Autre recevant l'offrande. Sinon quand la première agit égoïstement en ignorant la Seconde, Celle-ci l'observe en témoin, comptant ses exactions.
  5. Celui qui part en se souvenant de Moi alors qu'il est libéré de son corps à la fin de son temps de vie, il atteint mon essence.. Il n'y a aucun doute à ce propos.
  6. Ceci ou cela, quelque forme d'existence en fait dont on se souvienne en abandonnant son corps à la fin de la vie, cette forme-même on la devient toujours, O fils de Kuntī.
    On vit dangereusement et lors des derniers instants il faut se montrer particulièrement prudent: surtout ne pas porter les yeux sur une créature répugnante. Les Purānas racontent à ce sujet l'histoire du roi Bharata qui, alors que sa vie avait été exemplaire, se prit d'affection pour un jeune daim abandonné par sa mère et porta les yeux sur celui-ci avec compassion à l'instant de sa mort. En conséquence, il dû s'incarner encore deux fois comme daim, puis comme brāhmana avant l'atteindre la libération du sansāra (Bhāgavata Purāna V.8). Il convient de prendre cet avertissement au second degré bien sûr. Si au moment de sa mort on pense à la fortune qu'on laisse derrière soi, on peut avoir à renaître écureuil, abeille ou quelque chose du même genre. Si on pense à ceux qu'on abandonne, on n'est pas encore suffisamment détaché des liens familiaux et une renaissance dans une famille nombreuse en Hindustan est le meilleur sort qu'on puisse espérer. Il importe donc de se préparer longtemps à l'avance pour être sûr de penser à la bonne Personne sans avoir à faire pour cela d'effort particulier au moment opportun. Les membres de la Société Hare Krishna préconisent de ne prendre aucun risque et de chanter en permanence: Hare Krishna , Hare Rāma.
  7. Donc, souviens-toi de Moi à chaque instant et combats. En ayant ton esprit et ton intelligence fixés  sur Moi, c'est Moi que tu atteindras sans aucun doute.
  8. Par la pratique répétée de l'engagement dans le yoga et avec une conscience ne déviant vers rien d'autre, celui qui pense constamment à la Suprême Personne Divine la rejoint, O Pārtha.
  9. Il convient de se souvenir d'Elle comme de la Plus Ancienne Personne, inspirée et contrôlant tout, si minuscule qu'elle est indiscernable, celle qui maintient toute chose, à la forme inconcevable,  ayant l'apparence d'un soleil transcendant l'obscurité.
     Voici semble-t-il un auto-portrait de cette Personne Suprême en des termes assez mystérieux. Kavi (mot déjà utilisé dans le shloka 4-16) est le sage prescient, éclairé, inspiré et le poête est aussi appelé kavi. Ici Kavi est l'inspiration personnifiée, source de toutes les inspirations. Cette Personne très ancienne et très sage est aussi qualifiée de anuśasitŗi: celui qui gouverne, qui applique les lois, qui punit (de śastra: l'ordre, le précepte, la loi). Elle fait preuve de créativité mais édicte aussi des lois pour que sa création ne devienne pas chaotique et Elle les fait respecter. La menace indirecte est appropriée en la circonstance puisque'Arjuna voulait savoir comment il convient de voir cette Personne dans sa tête. Mais cette Personne n'a ni les traits du beau Śyāma (synonyme de Krishna doux à prononcer), du bienveillant et bien-aimé roi Rāma, de Vishnu en majesté avec ses emblèmes de pureté, de rassemblement et de châtiment. Tant pis pour les idolâtres de tout poil! (shloka 4-7) Elle est plus minuscule (aņu) petite que ce qu'on peut imaginer de plus petit (aņīyānsa), plus petite que l'atome donc ou qu'un millionième de cheveu disait-on alors. Elle est le soutien (dhātri) de la création au cœur des choses, et c'est pour cela qu'elle se doit d'être subtile (minuscule) puisque si on regarde dans le cœur des créatures on ne la trouve pas. Or c'est là que se tient le propriétaire des lieux (comme l'atteste par exemple le shloka 18-61: hŗid-deśa). Elle est plus brillante que l'astre du jour, abolissant l'obscurité et l'ignorance par sa présence. L'astre du jour étant souvent comparé à son œil, celui qui éclaire la vérité (dans les Upanishads et la Gāyatrī), l'image "āditya-varnam tamasa paras-tāt" évoque un œil qui s'ouvre sur le chaos de l'ignorance et illumine tout de son savoir universel, dispersant les ténèbres.
  10. Celui qui au moment de partir, avec l'esprit calme, uni par la dévotion et par la force du yoga, fixant le souffle qu'il exhale parfaitement au milieu entre les deux sourcils, celui-là va à cette Personne Suprême et Divine.
  11. Je vais te présenter brièvement ce lieu de résidence dont ceux qui connaissent les Vedas parlent comme de l'inaltérable, dans laquelle entrent ceux qui on écarté la passion et qui se contrôlent, que désirent ceux qui pratiquent le célibat.
  12. Contrôlant toutes les portes (du corps), confinant l'esprit dans le cœur, établissant le souffle vital au sommet du crâne, ainsi se tient assis celui qui se maintient dans le yoga.
  13. Celui qui part abandonnant son corps en prononçant la Syllabe de l'Absolu inaltérable Oṁ et en se souvenant de Moi, il atteint la destination suprême.
    La syllabe Oṁ ou Auṁ est appelée akśara (l'inatérable), tout comme le Brahman dans le shloka 11 car la prononcer c'est invoquer le Brahman, qui est l'Absolu. C'est la destination (gati) suprême et le lieu de résidence (pada) dont il est question dans le shloka 11.
  14. Pour celui qui en permanence n'a d'autre pensée que se souvenir de Moi, pour ce yogin constamment connecté Je suis facile à atteindre, O Pārtha.
    Cette condition qui est loin d'être aussi facile que cela à remplir s'adresse à celui qui s'apprête à partir au cours du quatrième âge de la vie.
  15. Les grandes âmes qui ont atteint la perfection suprême, lorsqu'elles arrivent à Moi, ne sont plus destinés à une renaissance à laquelle s'attache la souffrance et temporaire.
  16. Des hautes sphères jusqu'à celle de Brahmā on revient encore, Arjuna, mais celui qui est arrivé à Moi, fils de Kuntī, ne connaît pas la renaissance à nouveau.
    Les sphères ou mondes (loka) englobent plusieurs concepts différents:
    • Bhūr bhuvar svar qui sont la terre, l'atmosphère et l'espace où résident les dieux (sura donnant svar) ou plus symboliquement la terre- sphère matérielle, l'atmosphère-sphère d'énergie et de prospérité des dieux , et la sphère suprême d'existence spirituelle;
    • Les sept mondes supérieurs de Soma, Indra, Surya, ...Brahmā et celle de Vishnu portant les noms de Vaikuntha, Vrindavan ou Go-loka;
    • Les sept mondes inférieurs des nagas et asuras, aux noms de Pātāla, Rasātala et autres (voir Udyoga Parva sections 100-105).
  17. Ceux qui savent que la journée de Brahmā dure un millier de yugas et sa nuit un autre millier de yugas, ces gens-là savent ce qu'est un jour et une nuit.
    Plus précisément les âges de la création qui sont dans l’ordre de leur succession le krita, le tretā, le dvāpara et le kali yuga forment un caturyuga (4-yuga) ou mahā-yuga . En incluant les durées des 4 transitions entre chaque yuga, un caturyuga dure 12000 années divines (4000+3000++2000+1000+ 4 intervalles sandhyā durant 500 ans) et chaque journée divine dure un an humain (6 mois pour le jour et 6 mois pour la nuit). Le kali yuga dure 432 000 ans, le dvāpara deux fois plus et ainsi de suite, le caturyuga durant par conséquent 4320 000 ans. Mais la journée de Brahmā (kalpa) dure 1000 caturyuga, soit 4,32 milliards d'années humaines. Pour ajouter au vertige, selon le Matsya Purāna, Brahmā entamerait actuellement sa 51ème année. Il aurait donc vécu 79 millions de millions d'années humaines. Encore autant puis Nārāyana le résorbera en Lui et ira se reposer quelque temps. On peut se poser la question de la signification philosophique de ces petits et de ces grands cycles de la manifestation de la vie, si l'on n'est pas convaincu par la parole de Krishna. Les âmes suivent un cycle de réincarnations appelé samsara et l'univers suit un cycle semblable appelé kalpa ( étymologiquement le projet journalier de Brahmā). C'est loin d'être une simple vue de l'esprit inspirée par le paradigme corps-univers. La terre subit des cycles de glaciations, qui apparemment suivent le cycle du soleil à travers la galaxie et à chaque glaciation la population de ses habitants disparait ou presque. Les Purānas ne racontent pas autre chose à propos de ce qui se passe à la fin de chaque kali-yuga. Platon en avait une idée encore plus étonnante où il était question d'une inversion du sens de rotation des astres autour de la terre et de vie à l'envers des créatures (dans le Phédon). Or l'expérience ne nous dit-elle pas que ce que l'esprit humain imagine finit par se réaliser?
  18. De non-manifestes toutes les choses deviennent manifestes à l'orée du jour et elles se dissolvent dans ce qui est appelé le non-manifeste à la tombée de la nuit.
    Il s'agit bien sûr du jour et de la nuit de Brahmā. Tous les 10 milliards d'années s'entend un grand bang! et Brahmā procède à la création secondaire des créatures à partir des éléments et des gunas. Si l'on considère ce jour et cette nuit au premier degré, il est logique que les choses soient manifestes quand il fait clair et non manifestes quand on n'y voit rien. Il est aussi logique que Brahmā se repose une nuit comme le font les créatures sur terre et comme le fait la Nature durant l'hiver qui est la nuit des devas.
  19. Ce même ensemble de créatures redevenant sans cesse  manifeste, se dissout à la tombée de la nuit et apparaît inéluctablement à l'orée du jour, O Pārtha.
    Le but de ce shloka est de faire ressentir mieux l'inéluctabilité (avaśya) de cette production (prabhava) et de cette dissolution (pralaya), notamment en répétant bhūtva bhūtva et cet ensemble (groupe ou communauté) celui-ci même. Il n'y a pas de notion d'évolution au sens Darwiniens de perfectionnement de l'adaption au milieu dans les textes védiques. La nature des créatures évolue certes au cours d'un caturyuga de la pureté à la raison et à la corruption qui l'accompagne, comme celle de chaque individu au cours de son existence, mais après une quasi-extinction durant l'intervalle (Matsya Purāna chapitre 144), elles redeviennent identiques à ce qu'elles étaient au début du cycle précédent. De plus après mille de ces cycles et une nuit de repos, au matin Brahmā recrée les mêmes. Les histoires qu'on lit dans les Purānas ne sont pas arrivées une fois mais une infinité. Dans 4 milliards d'années Arjuna aura à nouveau un passage à vide et Krishna lui redonnera courage. On est tenté de penser que les mêmes évènements se passent ailleurs avec une décalage dans le temps, comme les hommes s'éveillent à tour de rôle sur cette terre, et que l'ensemble reste immuable.
  20. Mais il existe un autre état transcendant cela, qui de non-manifeste reste non-manifeste éternellement et qui n'est pas détruit  lorsque toutes les créatures le sont.
  21. Cet état non manifeste est dit inaltérable. On déclare que c'est la destination suprême, celle dont on ne revient pas une fois qu'elle est atteinte, Ma résidence suprême.
  22. C'est la Suprême Personne, O Partha, accessible seulement par une dévotion sans partage, à l'intérieur de laquelle se tiennent toutes les créatures, par laquelle tout ceci est imprégné.
    Le mot important est seulement (tu). Quant au pronom ceci (idam), il désigne ce que tu vois autour de toi. La destination suprême n'est pas un lieu de villégiature mais un état: celui de la même essence spirituelle que la Suprême Personne, Celle qui génère en elle-même les créatures et imprègne leur manifestation. La destination suprême est la pleine conscience.
  23. Je vais maintenant t'expliquer, taureau des Bhāratas, quand reviennent ou non  les yogins qui ont quitté ce monde à un moment donné.
  24. Les gens qui connaissent le Brahman vont vers le Suprême lorsqu'ils passent dans la lumière du feu ou du jour, les nuits ou brille lalune, les six mois où le soleil passe au nord.
  25. Lorsque le yogin passe  dans la fumée, la nuit, la quinzaine sans lune, les six mois où le soleil voyage par le sud, il atteint la lumière de la lune et revient.
  26. De l'avis éternel des Vedas, ce sont les deux sorties du monde dans la lumière ou dans l'obscurité. Par l'une il n'y a pas de retour et par l'autre on revient.
    Il ne suffit donc pas de penser à une destination au moment du départ mais encore de partir dans la lumière ou dans l'obscurité selon ce à quoi on aspire. Les Purānas et les sections rituelles (brāhmanas) des Vedas ne manquent pas de ce genre de "mode d'emploi". Pourquoi Krishna qui dénonçait l'interprétation des propos fleuris des Vedas pour satisfaire ses fins dans le shloka 2-42 y a-t-il recours à son tour? Précisément parce qu'il prononce ces paroles avec une intention politique, celle de valoriser la solution qu'il a déjà proposée à Arjuna et qu'il réitère dans le shloka qui suit. Pourquoi prendre le risque de mourir pendant son sommeil ou suite à une maladie à un moment qu'on n'a pas choisi? La dévotion sans partage éloigne de tel soucis. Il a sans doute aussi à l'esprit le départ prochain de Bhīshma, qui, mortellement blessé au cours d'une bataille se déroulant fin décembre, devra attendre patiemment jusqu'à l'équinoxe de printemps pour rendre l'âme à un moment approprié. Un détail d'un intérêt un peu secondaire est la mention de ce yogin qui atteint la lumière de la lune. Un séjour temporaire dans le domaine de Soma (Chandra) avant d'aller dans une sphère supérieure ou au contraire de retomber sur terre ou en enfer est souvent mentionné dans les Purānas. L'un des Upanishads dit aussi que ceux qui sont destinés aux hautes sphères passent ensuite par l'orbe du soleil, donc en pleine lumière avant d'atteindre l'Indra-loka ou le Brahma-loka. Sans doute avec le dessein de souligner que le sort du calculateur qui veut choisir sa destinée est aléatoire, Krishna l'appelle yogin quand il tire le mauvais numéro et jana quand il tire le bon.
  27. Connaissant ces deux voies, le dévot n'est pas désorienté. Aussi, Arjuna sois à tout moment engagé dans le yoga.
  28. Sachant que les bénéfices  indiqués des activités pieuses tels que l'étude des Vedas, les sacrifices, les austérités et la charité, sont tous surpassés par cette position suprême et originelle, c'est celle-ci qu'atteint le yogin.
    Les conditions à remplir pour atteindre la Suprême Personne qui sont décrites dans ce chapitre peuvent en fait se résumer en un mot: la dévotion. Car c'est le sens qu'il faut de toute évidence donner au mot yoga dans le shloka 27. Le yoga n'est pas seulement l'art dans l'action (karmasu kauśalam -shloka 2-50) mais en toute chose. Echapper au cycle des renaissances n'est pas un but (artha) auquel on œuvre. Avoir la bonne pensée au bon moment ne peut être le fait d'un choix. C'est le résultat d'une pratique permanente de l'oubli de son intérêt, de l'indifférence à son sort et de l'abandon de toute association, i.e. du yoga. Or comment appeler cet état d'esprit permanent, accompagnant chaque pensée, chaque parole et chaque action sinon de la dévotion?