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Noms de la Personne Suprême et de ses principales émanations
  • Kṛiṣṇa(Kŗişņa ou Krishna) - k&:[. Le nom Kṛiṣṇaa une origine incertaine et une portée affective indéniable. C'est celui de Sa manifestation sous forme humaine, avec la peau sombre comme le bleu de la nuit (sens commun de l'adjectif kṛiṣṇa), contrastrant avec celle blanche comme neige de son frère Bālarāma. Faut-il comprendre que ce teint contribue à sa beauté puisque c'est aussi ce teint que souligne son autre nom affectueux Ṡyāma (Shyāma), qu'il le rend séduisant et désirable car c'est le sens du nom Rāma et cette autre manifestation sous forme humaine présentait la même caractéristique physique? Ou bien est-il question de "ses voies impénétrables", de l'impossibilité de le définir (ce que disent aussi souvent les Upanishads à propos du propre de chaque personne appelé ātma). Il est l'Existence en Soi (Sat), la source de toutes choses (kṛitsna), la cause de toutes les causes (sarva kāraṛa kāraṇām), la Personne suprême (Puruṣa uttama), Celle qui est éternelle et le début de tout (anādi ādi), Celle qui anime le Tout Absolu et Indivisible (l'Adhi ātma du Brahman), l'Ame supervisant toutes les âmes (Parama ātma), dont la manifestation est existence, conscience et béatitude (sat cit ānanda vigraha). Par conséquent bien que logiquement l'origine du nom Kṛiṣṇa devrait être recherchée dans le verbe kṛiṣ (cultiver la terre) il me semble qu'il soit une simple déformation du mot kṛitsna, le tout entier, dérivant du verbe kṛit (entourer). On peut en lire bien d'autres étymologies poétiques dans les Purāṇas, mais il convient de souligner que leurs auteurs sont friands de jeux de mots. La nature non-manifeste (avyakta) du Dieu Suprême est un sujet longuement discuté dans la Gītā mais Kṛiṣṇa finit par conclure dans le shloka 12.5 qu'il est difficile pour l'âme incarnée dans un corps humain de vénérer une Personne non manifeste et indescriptible, aussi conseille-t-il aux hommes de s'en abstenir et de Le concevoir sous la forme d'une personne humaine.  
  • Īśa, Īśāna et Īśvara: Le Maître, Celui qui possède et qui peut tout. Le qualificatif évoque à priori Kṛiṣṇa, mais peut désigner le maître des lieux en général (y compris l'ātma comme maître du corps)
  • Bhagavān: issu du verbe bhaj (attribuer une part notamment dans un sacrifice, servir, honorer) et du suffixe vat (celui dont ce qui précède est le propre), ce nom désigne le Seigneur Vénéré, Celui auquel est due la vénération sous la forme d'une offrande. Mais comme tout lui est dû, une autre analyse courante du sens de ce nom est le Seigneur qui a tout en partage, qui est doté de toutes les richesses. Pour souligner cette ambivalence Kṛiṣṇa fait un magnifique jeu de mots dans le shloka 18-20 de la Gītā, en disant que la sagesse consiste à concevoir l'existence de toutes les créatures comme la manifestation d'une présence (bhāva) indivisible dans sa diversité (a-vibhakta vibhakteshu).  La forme vocative Bhagavan est l'équivalent de "Mon Dieu!" en langage courant.
  • Nārāyana: āpo vai narasūnava: ayanam tasya tā yasmāttena nārāyana smrita. Cette citation du Kūrma Purānā (6.5) peut être traduite approximativement par: on se souvient de Lui comme Nārāyana car c'est sur les eaux que se trouve le nouveau-né de l'homme. Il s'agit une fois de plus d'un jeu de mots dont les anciens abusaient volontiers pour expliquer les dérives linguistiques. Son propos est de justifier que le pluriel du mot nāra (humain), lui-même issu de nṛi ou nara (homme ou personne, avec une nuance plus matérielle que puruṣa –voir entrée puṛusha dans le lexique des noms communs) en soit venu à signifier les eaux. Quelle sagesse à postériori lorsqu'on sait que l'eau (qui se dit plus couramment āpas, donnant āpo au nominatif en appliquant une liaison phonétique saṁdhi) est le berceau de toute vie sur terre et le principal composant de notre corps. Il flotte à la surface des eaux primordiales (ayant au préalable insufflé un ordre au Tout non manifeste pour créer les éléments – voir le mot mahat) et Il manifeste l'univers matériel sous la forme d'un œuf d'or (Hiranya-gharba) qui émane de son nombril, qui germe sous la forme d'un lotus et émerge à la surface des eaux. Sur son pistil à la forme si particulière siège Brahmā, la première forme manifeste de la Personne divine dans le monde spatio-temporel, lequel achève la création des créatures habitant ce lotus. Le lotus est la terre avec sept iles-pétales émergeant des eaux et le pistil d'un lotus a la forme d'une galette cylindrique qui évoque effectivement un siège surélevé. La création est donc conçue comme une procréation, de nature spirituelle puisque la matrice (yoni) est celle du Brahman, Ce Tout Absolu inaltérable (akshara) non manifeste (avyakta) et indéfinissable, à propos duquel les grands sages dans les Upanishads préfèrent conclure: "na iti na iti" , "Ce n'est ni ceci ni cela " (i.e. ceci que je saurais décrire et dont je serais capable de donner une définition). L'image de Nārāyana procréant le Monde sert à insuffler dans l'esprit des hommes l'idée que Tout a toujours existé et existera toujours sous une forme ou une autre. C'est l'Esprit qui insuffle une intelligence à la Nature (Prakṛiti – voir l'entrée Pārvatī dans le lexique) sous sa forme non manifeste (avyakta), comme un homme inséminant la matrice de son épouse et celle-ci donne naissance à une entité manifeste. C'est aussi pourquoi cette création est appelée sarga, du verbe sṛij pour émettre impliquant qu'il émet sa semence (bīja), contenant son savoir-faire, son génie génétique, son "intelligence cosmique" (mahat) pour donner forme en Prakṛiti.         
  • Virāṭ (ou Virāj): l'Homme Cosmique, l'Univers sous forme humaine, ou plus encore "Ce corps  dont chaque pore exsude un univers" (selon le Brahma Vaivarta Purāņa). Cette image encore plus puissante que celle de Nārāyana, exprime que la Personne Suprême, qui est pure conscience, se crée un corps matériel (spatio-temporel ou réel), à savoir l'Univers, pour se manifester dans des actions. Cet Univers étant le fruit de sa conscience (de son imagination débordante diraient certains, sinon qu'on ne saurait dire quand il aurait commencé à l'imaginer puisque le temps commence à cet instant précis où il matérialise quelque chose), Il le résorbe quand Il cesse d'en être conscient pour le recréer ensuite, comme s'il s'agissait d'un rêve de son esprit fertile. Les mots précis pour en parler sont manifestation (prabhāva) et dissolution (pralaya). L'esprit des auteurs de Purānas étant lui aussi fertile, ils ont poussé l'analogie jusqu'à imaginer qu'Il en crée à foison, par chaque pore de sa peau, comme on sue des gouttes d'eau. On sait que l'Homme en question est prolifique (la section 10 de la Gītā ne tarit pas de décrire son opulence – vibhutī ou aiṡvarya), aussi pourquoi se serait-Il contenté de créer d'innombrables galaxies avec sans doute autant de lotus habités dans un cadre spatio-temporel unique? Le temps n'ayant de sens que pour ce qui est apparu (né) et qui disparaitra nécessairement  après avoir évolué et dégénéré, l'espace n'ayant aussi de sens que s'il contient quelque chose, allez savoir si ces univers sont dans des espaces parallèles ou dans des temps parallèles et si la réincarnation (samsara) est un voyage dans le temps ou dans l'espace. Albert Einstein cherchait une réponse à cette question me semble-t-il. Pour en revenir aux subtilités du vocabulaire, si purusha et nara sont du genre masculin et ont souvent la connotation d'homme mâle (auxquels correspondent les mots féminins  nārī – épouse - ou vadhū – femelle – ou aurā –qui a une poitrine), virāṭ est le héros au cœur pur (dénué de passion étant le sens de vi-raj). On peut constater que le sens du mot viril a bien évolué, bien que…..apparemment Eve a le cœur moins pur qu'Adam dans toutes les cultures! Les divinités (deva et devī) sont les énergies de l'Homme cosmique et chacune a sa fonction. Indra est son mental, Vayu son souffle vital, Āditya sa vision, Sarasvatī sa parole, Brahmā son organe de l'action et, sous sa forme lingam, Śiva est sa faculté de perpétuer la vie. C'est pour cela que les textes purāniques recommandent de méditer sur le Virāt au travers de chaque organe de son propre corps (nyāsa – voir par exemple dans le Garuda Purāna – plusieurs sections de l'Ăcāra Kandha). Il est intéressant de noter au passage que le mot deva a pour origine le verbe div (se divertir, agir librement, briller) auquel s'apparente le mot dyu (le ciel) dont proviennent bien entendu les mots français dieu et diurne. Les dieux sont ces personnes supranaturelles d'essence purement spirituelle (sattvika), au sens qu'ils personnifient un principe (pensée, souffle de vie, vision et intelligence, création et destruction, parole, désir, devoir…) et qu'ils agissent en connaissance de la Vérité, donc symboliquement dans la lumière du jour. Au contraire les démons (asura), qui sont aussi des personnes supranaturelles, brillent dans la nuit qui symbolise leur ignorance et ils agissent égoïstement, avec passion (rajasa). Les différentes classes de la société humaine (les castes - voir l'entrée varna du lexique) sont elles aussi issues de différentes parties du Virāt d'après les Vedas et Upanishads. Mais l'image du Virāt (car c'est bien entendu une image) ne sert ni le propos de justifier un ordre social établi ni celui de pratiques magiques (tantriques) pour s'approprier des pouvoirs divins. Elle sert un propos cependant comme toutes les images.  Il est tout à fait approprié de méditer sur le Brahman et de chercher à s'établir dans le Brahman (samādhi), dit Krishna à Arjuna dans la Gītā, mais celui qui médite est une personne incarnée dans un corps humain et il se sert des images formées par son mental pour s'aider à concevoir des idées. Il risque fort de perdre sa conviction à méditer à propos de "ce qui n'est ni ceci ni cela". L'image du Virāt sert à conceptualiser l'idée du Tout insécable (advaita) auquel nous appartenons tous, du bien fondé de vivre en harmonie avec toutes les autres créatures issues de ce Tout, au même titre que les différents organes de notre corps, ainsi que le concept de sacrifice au bénéfice du Tout au même titre que l'estomac digère les aliments pour nourrir l'univers du corps. La comparaison est un outil intellectuel des plus performants pour mieux concevoir des idées qui nous dépassent et il ne convient pas de rejeter les images qui nous sont proposées sous prétexte qu'elles sont infantiles, inexactes, voire même heurtent notre sensibilité pour ne pas dire notre vanité. L'individualisme est une idée irrecevable dans la religion hindoue, une aberration due à l'ignorance de notre vraie nature (spirituelle) qui nous incite à nous identifier à ce que nous voyons de nous-même, c'est à dire ce corps matériel. Ce que les Upanishads appellent le soi-même (ātmā sous la forme nominative, ātman étant la racine pour la déclinaison) est une parcelle atypique du Parama-ātma et elle n'appartient pas plus à celui ou celle qu'on peut voir dans une glace qu'à celui qu'il (ātmā est masculin) habitera dans une étape suivante du saṁsāra.  L'identité et l'intérêt personnel (appelez le désir, avidité de posséder des choses pour en jouir plus tard ou toute autre spéculation politique, peu importe) sont les deux faces d'une même médaille et la source de toutes les chimères que nous poursuivons en nous incarnant. C'est le Purushottama (la Personne Suprême: Purusha Uttama) qui se matérialise dans le Virāt tandis que la personne (purusha) plus modeste que nous sommes, parcelle (anśa) anonyme d'existence (sat) ou parcelle de conscience (cit) que j'assimilerai à l'ātmā, fait le choix de se matérialiser sous une forme vivante incarnée (appelée pour cela jīva). C'est ce seul choix qui lui confère une individualité relative et une identité (appelée ahamkara).                                 
  • Les quatre "vyūha" sont les formes successives de Kṛiṣṇa ou de son émanation Virāt dans la manifestation de l'univers. Leurs noms sont: Vāsudeva, Samkarṣana, Pradyumna et Aniruddha. Ce que chacune manifeste spécifiquement est bien défini dans le Matsya Purāna chapitre 248 vers 45-51. Vāsudeva est le Dieu qui rayonne (voir Vasu ci-dessous), ou le Dieu des Vasus. Si la création se compose au départ des cinq éléments matériels (y compris le lieu de l'évènement "kha", l'espace, cet élément qui propage les sons), d'une idée de création (dhī, émise par manas, un mental), d'une intelligence du processus (buddhi, mahat), et d'un plan détaillé, d'une maquette ou prototype de chaque créature (ahamkara: l'identité, la signature) Vāsudeva est Celui qui conçoit tout cela. Samkarşana est Celui qui "contracte" tout cela en Lui pendant sa phase non manifeste (non créative) et le résidu de la création est Śeśa (aussi appelé Ananta, en raison de sa forme Naga, voir plus loin). Celui qui désire se multiplier pour agir, jouir et posséder, c'est Pradyumna, dont le nom signifie Celui qui irradie le plus (dyu est la lumière du jour), qui prédomine, qui est le plus puissant: de qui d'autre s'agit-il donc sinon du Désir (Kāma)? Celui qui a la volonté d'agir et que rien n'arrête c'est Aniruddha (littéralement: auquel rien ne fait obstruction). Quoi de plus naturel que le fils sur terre de Kṛiṣṇa par son épouse Rukmiṇī s'appelle Pradyumna et son petit fils Aniruddha, puisque selon le dicton fils et petit-fils sont ses autres lui-même. Par rapport aux "vyūha", les " avatāra " de Viṣṇu sont des émanations partielles (anśa), des rayons de Ce soleil. Ce sont des incarnations ou manifestations (littéralement "des descentes dans" le monde) sous une forme matérielle ou une autre identifiable. Comme les anśa d'ātmā leur identité n'est que formelle. Un rayon de soleil n'est rien d'autre que du soleil; sa lumière est insécable.     
  • Les qualificatifs et sobriquets sous lesquels Il est désigné ou invoqué dans le Mahābhārata et les Purānas sont: Acyuta (on prononce achyuta), l'infaillible, l'inébranlable, l'inaltérable, qui ne fait jamais défaut; Aja, le non-né; Dāmodara, celui qui porte une corde autour de la poitrine (cordon brāhmanique ou corde, dont se servait en l'occurrence sa nourrice pour attacher le polisson); Govinda, le plaisir des vaches; Hari, celui qui prend et emporte (tel un singe volant la propriété des hommes ou un enfant volant du lait, ou le cheval emportant un cavalier), celui qui emporte les péchés, ou au contraire celui qui apporte tout (dans ce cas on dit plutôt Hāra); Hrishīkesha, le Seigneur des moyens de jouissance (sens); Janārdana, le pourvoyeur de la vie; Keśava, le vainqueur du démon Keśi ou celui à l'abondante chevelure; Mādhava, le mari de la fortune; Madhusūdana, le vainqueur du démon Madhu; Saurin, le solaire, le divin. Le nom du père de l'incarnation de Kṛiṣṇa est Vasudeva et celui de sa mère est Devakī. En tant que fils de Vasudeva, il est aussi Vāsudeva et en tant que membre de la race où il est né, il est Vārshneya (de la race des Vṛiṡṇīs) ou Yādava (de la race de Yadu), Dāshārha ou Dāsharatha (descendant des rois Dashārha et Dasharatha, eux-mêmes descendants de Yadu) ...
  • Viṣṇu (Vishnu) iv:[u - L'Omniprésent, Celui qui imprègne tout et le préserve. Dans la trinité hindoue, la triple forme (tri-mūrti) du Seigneur, Il est la forme "sattva". Ce que sont le sattva, le rajas et le tamas, les trois brins ou qualités entrant dans la trame de l'identité de chaque entité manifeste (i.e. de la réalité ou monde matériel) sont définis sous l'entrée guṇa dans ce lexique. Les manifestations de Viṣṇu (ses avatāra) ont chacune une spécificité dans leur activité ayant pour objectif commun de sauvegarder le devoir moral et l'intégrité de l'univers (ce qui revient au même selon la définition du dharma). Ainsi Vāmana, l'enfant brāhmana né d'Aditi, est Celui qui couvre l'univers de trois pas (Trivikrama) pour donner à Bali une leçon d'humilité. Varāha, le sanglier qui sauve la terre après qu'elle eut sombré dans l'océan universel (un sanglier aime jouer dans l'eau en fouissant avec ses défenses) est une manifestation du sacrifice (yajna). Matsya, le poisson qui prévient Manu du déluge et tire son arche, est celui qui perpétue la création. Kūrma, la tortue participant au barratage de l'océan des délices, est le réceptacle (nivasam, nidhanam, padam).
  • Ṡiva (Shiva) izv – On traduit librement son nom par "le Gracieux, le Pur", mais étymologiquement il se rapporte au symbole (lingam) phallique qui grossit (ṡvi) et dont émane la semence blanchâtre (ṡveta). On peut aussi supposer que le mot Ṡiva a pour origine le verbe ṡi (reposer) et il aurait alors pour sens: Celui sur qui tout repose ou qui se repose, jusqu'au jour de la destruction comme nous allons le voir. Dans la trimūrti de la Personne Suprême, Il est la forme tamas. En effet c'est la vie que représente le lingam: le symbole est incomplet si le phallus ne repose pas sur son complément en forme de vulve. Certains esprits chastes (je cite toujours les purānas) préfèrent voir dans ce lingam une colonne d'énergie, une flamme, et dans le réceptacle qui le supporte une lampe à huile. Toutes les perceptions du Divin sont licites dans l'Hinduisme (Gītā shloka 7.21) et chacun en trouve une forme qui lui convient au panthéon. Ṡiva n'en est pas moins la forme destructrice du Seigneur souverain, celle qui détruit l'univers à la fin de chaque journée de Brahmā: une journée s'achève naturellement par une nuit et la vie par la mort. On appelle Nāṭaraja cette forme destructrice de Ṡiva parce qu'Il exécute alors une danse, qu'on imagine frénétique comme celle d'un enfant piétinant un chateau de sable. Brahmā allume la lumière au matin, Vishnu protège la flamme et Shiva la souffle le soir, replongeant l'univers dans la confusion de l'obscurité. Mais en même temps, chaque médaille ayant un recto et un verso, Il dissipe l'illusion des contraires et entre deux épisodes de destruction Ṡiva s'abstrait de l'illusion du monde dans la contemplation. Cet aspect de Ṡiva est illustré par l'histoire suivante dans les purānas. Il naît en sortant du front de Brahmā alors que Celui-ci est en proie à de sombres réflexions et, étant né de la colère de Brahmā, Il la manifeste en criant puis Il refuse d'accéder à la requète de Brahmā de contribuer au processus de création. Il lui annonce qu'Il préfère s'absorber dans la méditation car Il regrette que l'implication de jīva (l'âme incarnée dans un corps vivant) dans l'univers des contraires qui sont inhérents au monde réel (tels que chaud-froid, clareté-obscurité...), implique aussi l'existence de la souffrance: c'est pour cela en fait qu'il crie en venant au monde, ce que nous faisons tous également. Parmi ses autres noms, qui sont plusieurs centaines, en voici quelques-uns très explicites et couramment utilisés: Bhava, la Présence; Bhairava, le Seigneur de la terreur; Bholenath, au cœur tendre; Bholaya, sans détour; Bhutapala, le Protecteur des esprits; Gunagrahin, Celui qui accepte les guṇas; Girisha, le Seigneur de la montagne, i.e. l'époux de Pārvatī; Hara, Celui qui emporte (entre autre les péchés); Ỉṡāna (Ishāna), le Seigneur Souverain, Celui qui possède; Ỉṡvara, Celui qui peut; Kapardin, Celui qui porte des cheveux emmêlés; Mahādeva, le Grand Dieu; Maheshvara (contraction de Mahā et Ishvara), Dieu Suprême Omnipotent; Rudra, le terrible; Sarva, Celui qui est tout; Nilakantha, Celui à la gorge bleue; Shankara, Celui qui donne le bonheur; Sthānu, l'Imperturbable. On lui applique aussi les qualificatifs suivants: pinākina, armé du trident; tryambaka ou tryaksha, aux trois yeux; mahadyuti, à la splendeur solaire. Ṡiva est sans doute la forme divine qui inspire le plus la ferveur populaire (avec Rāma) parce qu'Il assume l'existence temporelle des foules de créatures (gaṇas), y compris les plus improbables, et se montre compatissant. On l'attendrit facilement et il a la réputation d'accorder des grâces. Celles-ci sont parfois inattendues, comme 5 époux à Draupadi, qui avait exprimé 5 fois le vœu d'en avoir un dans son incarnation précédente, car c'est l'apanage des dieux de jouer (verbe div dont est issu le mot deva) avec les fantasmes des mortels.                 
  • Brahmā est le Créateur émanant du lotus qui sort du nombril de Nārāyana. Dans la trimūrti, Brahmā est la forme rajas. Il est l'Aïeul des créatures, celle qui vit le plus longtemps entre toutes. Il est cependant inexact de parler de Lui comme d'une créature (bhūta: ce qui est devenu - participe passé – et qui doit par conséquent disparaitre) car nous dit-on Brahmā est Svayambhū: Celui qui se crée lui-même, et ceci à plus d'un titre. Premièrement il reprend conscience en s’éveillant à l’aurore de chaque journée, qui, étant donné que dans son cas elle dure 4 milliards d'années, porte le nom spécial de kalpa (voir l'entrée yuga). Mais ceci n'est qu'une boutade pour exprimer que tout un chacun renaît chaque jour en s'éveillant; tout un chacun renaît aussi au travers de ses enfants et l'incarnée (jīva) à la fin de la vie quitte son corps et s'en donne un nouveau: dans une certaine mesure elle est aussi svayam-bhū. En fait les Upanishads et Purānas présentent le stade préliminaire de la création par la Personne Suprême (le Purushottama) comme une reprise de conscience, un réveil. Il dit "soyons nombreux" (bahu syam - Chandogia 6.2-3), imprègne Prakṛiti de son intelligence cosmique, et couché sur les eaux génère Brahmā. On peut donc considérer qu'Il se régénère (svayam-bhū) en ce sens qu'il régénère sa forme, qui est Brahmā. Le nom Brahmā désigne d'ailleurs littéralement la Personne du Brahman (le Tout, l'Absolu), sa manifestation dans Prakṛiti, son expression, son porte-parole (celui qui dit Om puis édite les Vedas). Notons que les traducteurs des Upanishads dans les langues modernes ne font pas assez attention à éviter de traduire Brahman par Brahmā, car Brahmā est une Personne tandis que Le Brahman est impersonnel, autant spirituel que matériel (sat asat) et non manifeste (avyakta). Mais, pour être rigoureux, il faut ajouter que la Vraie Personne du Brahman est Celle qui cause une manifestation à l'intérieur du Brahman, appelée dans la Gītā l'Adhyātma, et Elle n'est nulle autre que Kṛiṣṇa, le Purushottama. Nārāyana, Viṣnu, Brahmā et Ṡiva sont des formes de cette Personne, en exprimant principalement une qualité (guṇa), donc incomplètes. Attention également à ne pas confondre Brahmā avec brāhmaṇa, qui (grammaticalement) est une personne appartenant au Brahman, celle qui dit-on "connait le Brahman", i.e. est la détentrice des valeurs spirituelles (un des quatre varnas - voir cette entrée plus loin dans le lexique). Ce nom, désignant donc une catégorie de personnes (humaines ou divines), a été transcrit dans l'alphabet latin sous la forme brahmin par les Anglais car c'est ainsi que dans leur langue ils écrivent ce quils prononcent brahmən; mais personnellement je trouve regrétable cette pratique des colons occidentaux, témoignant de leur mépris pour toute culture qui leur est étrangère, notamment en ignorant sa grammaire et sa phonétique. Nārāyana manifeste Brahmā par sa simple volonté ou en termes plus fleuris par la toute puissante munifiscence de son yoga (aishvarya vibhuti yoga). Quant à Brahmā, dans un premier temps de son activité créatrice (appelée visarga, le préfixe vi ajoutant l'idée de dispersion par rapport à la sarga originelle de Nārāyana), Il médite sur l'Existence et son auteur Nārāyana, puis il donne naissance "mentalement" aux prajāpatis, maharishis (voir ces entrées ci-dessous), ainsi que quelques puissants dieux et démons. Comme dans le cas du Virāt ils naissent de sa bouche (Angiras), de ses yeux (Atri), de son cerveau (Marīci), de son souffle (Vasishta), de son ventre (Nārada), de son cœur le Désir (Kāma), de ses lèvres la Parole (Sarasvatī)…  Ne parvenant pas à maitriser sa passion de créer, il éprouve de l'impatience puis de la colère et de son front émane Rudra, Celui qui crie (comme tout bébé qui se respecte), manifestation violente de Ṡiva. Mais considérer que Ṡiva émane de Brahmā témoigne d'une vision limitée de l'Existence, de même que rechercher une préséance entre Viṣnu, Ṡiva et Brahmā. Encore une fois, Ils sont trois manifestations d'une même Personne, coexistants simultanément de tous temps, hors du temps, et une autre de ses manifestations est le Temps lui-même qui est le Début, le Milieu et la Fin de toutes choses: "Je suis le Temps, le grand destructeur des mondes" (Gītā 11.32). Pour en revenir à l'activité de création de Brahmā, après quelque temps (quelques heures de la matinée pour Lui et quelques millions d'années pour nous) il a l'idée de créer la procréation pour accélérer le rythme de la multiplication des acteurs dans Prakṛiti: il divise son corps en deux, créant un mâle Manu et une femelle Śatarūpā qui se lancent dans la génération en série des hommes. Mais que chacun soit rassuré, Brahmā n'a qu'à se créer un nouveau corps pour continuer son œuvre, puisque créer des corps c'est sa spécialité.         
  • Indra: le seigneur des sphères célestes. Ses autres noms sont: Ṡakra, celui qui est capable, le fort, le puissant; Maghavān (au nominatif, ou Maghavat sous la forme déclinable), le munificent, celui qui possède les richesses et les distribue libéralement; Purandara, le destructeur des places fortes; Harivāhana, le porteur de Vishnu; Vāsava, le chef des Vasus; Ṡacīpati, le seigneur de Ṡacī (nom de son épouse: celle qui est d'une aide efficace); Ṡatakratu, celui qui a fait une centaine de sacrifices (ashvamedha sacrifices) ou celui qui a cent buts (projets en tête). Indra est le mental de l'Homme cosmique (Virāt), celui qui gouverne les divinités des sens (indriya). Mais dans les Upanishads c'est Candra le jouisseur qui est le cerveau du Virāt tandis qu'Indra est son bras, car Indra est le Kshatriya, le détenteur du pouvoir d'agir. C'est pour cela que les Purānas le décrivent comme une personne égocentrique, tyrannique et parfois le tournent en ridicule. Indra perd toutes les batailles contre les asuras, tant qu'il n'a pas pris conscience de l'Atman. Mais Indra ne peut pas perdre la guerre car intrinsèquement il est sāttvika et connait le dharma. Indra est, avec Agni, celui qui reçoit le plus de louanges dans les Vedas, car leurs hymnes expriment avant tout l'aspiration des hommes à voir leurs projets (kratu: kāma, artha, dharma, moksha) satisfaits. Les Vedas sont édités par Brahmā comme support du Sat dans le monde réel (Gītā 2.45 et 15.1): un guide pour une activité sāttvika des créatures, contribuant à la prospérité de toutes et impliquant en particulier des sacrifices aux dieux. Indra est leur chef et Agni est le pourvoyeur de la nourriture des dieux.  Ceci dit, la question qui vient à l'esprit d'un occidental habitué à dresser des arbres généalogiques est de qui nait Indra? Les Purānas ne se donnent pas la peine de répondre à cette question car Indra est en fait un titre. On compte 14 Manvantaras (chacune est l'ère d'un Manu) au cours d'une journée de Brahmā et le seigneur des dieux change à chaque fois, car la durée de vie d'un Indra au même titre que celle d'un Manu équivaut à 300 millions d'années humaines. Cela vaut aussi pour toutes les divinités (Vishvedeva) qui suivent: Adityas, Vasus, Rudras, Aṡvins… En règle plus générale, nombre de noms propres dans les Purānas correspondent à un rôle dans "le scénario cosmique" ou une fonction dans la "société cosmique". Kapila est synonyme de philosophe (muni), Vyāsa de compilateur des textes sacrés et Indra de mahārāja. Il faudrait donc dire l'Indra d'alors (par exemple du 7ème Manvantara actuellement).           
  • Ādityas: les douze fils d’Aditi, qui sont des divinités présidant à des "sphères" ou aux douze phases du dieu solaire. Le nom de leur mère, Aditi, est une expression de l'absolu: "ce qui ne cède rien", donc qui est inexaustible, opulent, tout puissant, suprême. Les noms des douze Ādityas sont: Vivasvān, Aryaman, Pūshan, Tvaṣtṛi, Savitṛi, Bhaga, Dhātṛi, Vidhātṛi, Varuna, Mitra, Indra et Trivikrama. Ce dernier est une manifestation partielle (aṁşa) de Viṣṇu. Tous expriment des qualités associées à l'astre solaire. Ainsi Savitṛi est Celui qui exalte, qui stimule ou qui inspire la spiritualité, celui qui incite à s'éveiller et qui éveille l'intelligence (voir Gāyatrī). Vivasvān (forme nominative du mot Vivasvat) est celui qui rayonne. Celui qu'on appelle Āditya au singulier est le Soleil, le premier des Ādityas, celui qui par défaut mérite ce titre de fils d'Aditi. S'il s'agissait de personnes physiques ce serait donc l'aîné, car l'ainé est le porte parole de ses frères et plus encore lorsqu'il s'agit des aspects divins d'une même énergie "lumineuse". Outre par les 12 noms précédents, Il est souvent appelé: Sūrya, le bénéfique; Tapana, le brûlant; Vikartana, celui qui blesse et par extension l'ego; Ravi, celui qui rugit, le splendide. Notons que les douze mois du calendrier hindou portent des noms différents de ceux des Ādityas. Il en existe deux listes selon qu'on se réfère aux constellations du zodiaque (liste dite solaire) où à leur conjonction avec la lune (liste dite lunaire). En tout état de cause le mois lunaire débute le premier jour de la lune décroissante. L'année lunaire débute au solstice d'hiver et l'année solaire lorsque le capricorne domine le ciel. Mais l'astre du jour personnifie bien plus que la puissance et l'énergie: Il est l'Oeil qui voit la vérité, la Lumière qui montre cette vérité, l'Intelligence qui permet de la comprendre. C'est pourquoi on l'invoque dans la Gāyatrī chaque matin. Il est l'ami par excellence et, dit-on, on monte vers Lui dans le ciel lorsqu'on accède à la délivrance des renaissances (moksha).
  • Vasus: ceux qui rayonnent, les divinités présidant à des éléments du cosmos. Leurs noms sont: Droṇa, Praṇa (Vāyu), Dhruva, Arka (Sūrya), Agni, Doṣa, Vasu (Dyu) et Vibhāvasu (cf. Bhāg. Pur. 6-6.11). Ils sont tous les fils de Dharma et d'une autre des filles de Dakṣa, du nom de Vasu. Puisqu'ils sont au nombre de huit, il ne s'agit donc pas des éléments de la nature qui eux sont au nombre de cinq (voir entrée tanmātrā dans ce lexique). En fait, de même que les Ādityas, ils personnifient des aspects du divin. Les cas d'Agni, de Vāyu et de Dyu sont détaillés ci-dessous. Dhruva est celui qui maintient, qui est inamovible: au firmament il est l'étoile polaire sensée être située au plus haut point de l'espace (qui est un élément dans la cosmologie saṁkhya) et constituant un repère dans celui-ci. Doṣa est l'obscurité et l'époux de la nuit, tandis qu'Arka est le rai de lumière. Droṇa est le pot à eau, le seau et un nuage de pluie: "il pleut à seaux" dit-on et rien n'est plus vrai durant la mousson. Vibhāvasu, Celui qui est présent partout, ne peut désigner nul autre que Viṣṇu Lui-même.                  
  • Agni: le Feu, un des Vasus. Le feu est la forme calorique de l'énergie, celle qui se nourrit de la consumation de la matière. Mais alors que les réservoirs d'énergies sont des entités femelles, Agni est une entité active donc mâle. Dans une conception unitaire de l'existence où la "bonne action" est celle qui contribue au maintien de l'ordre cosmique (au cycle du transfert d'énergie dit Krishna), celle qu'on appelle un sacrifice, Agni est le porteur des offrandes, celui qui les consume pour les purifier et les convertir en ce qui est consommable par les dieux. Il a donc pour autres noms: Hutāshana, le mangeur des oblations; Pāvaka, le pur; Shukra, le brillant (l'or); Havyavaha et Vahni, le porteur des offrandes. Le sacrifice est au centre de la religion (cf section 3 de la Gītā), aussi bien dans l'esprit que dans sa forme rituelle. C'est pourquoi les anciens Ăryens (voir l'entrée ārya dans ce lexique et l'introduction des Semailles des Kurus) ne laissèrent pas de grands temples ou de grands tombeaux pour témoigner de leur civilisation. Leur principal culte rituel consistait à s'asseoir devant un feu et à le nourrir avec des offrandes destinées aux dieux et aux ancêtres; ils le pratiquaient chez eux, trois fois par jour. Notons que dans l'esprit de la religion védique le temple est l'univers et tout signe mettant en valeur l'individu tel qu'un tombeau est incongru. De plus ils étaient nomades et ils n'ont commencé à ériger des temples que lorsqu'ils se sont sédentarisé, probablement plus par imitation des autochtones que par nécéssité rituelle. Nombreux sont les hymnes louant Agni dans les Vedas: il est l'ami des hommes, les éclairant la nuit, cuisant leur nourriture et convoyant leur offrande aux dieux; il reste toujours jeune, vigoureux et lumineux. On dit parfois dans les Purānas qu'il naît des eaux, ce qui peut paraître étrange et trouve probablement une explication dans l'association du mot nara pour désigner l'homme (qui fait du feu avec deux batons) au mot nāra pour les eaux (dont celles du placenta) et dans les éclairs qui accompagnent l'orage et allument des incendies.      
  • Vāyu: le Vent, le souffle vital (prāṇa), aussi nommé Pavana (le purificateur, alors que le feu est par essence pur, Pāvaka). Vāyu est cette "aṁṣa" du divin qui se manifeste sous la forme de l'activité et de la force. C'est pour cela qu'il a pour rejetons les très actifs Hanuman et Bhima. Le désir d'activité est la raison d'être de Prakṛiti et la source de l'individualisme: il faut être deux pour qu'il y ait un sujet et un objet, un possesseur et un possédé. D'où le rejet à priori de toute activité pour celui qui aspire à se purifier et retourner à la Source de l'Existence. Mais rétorque Krishna à Arjuna: il n'y a pas de sacrifice sans action et refuser d'agir est une mésaction. Vāyu est le souffle de vie, l'indice le plus tangible du divin: "Je suis la vie dans toutes les créatures" (Gītā 7.9) .
  • Varuṇa (Dyu): "Celui qui couvre" (vara, du verbe vṛi), ce qui incite instinctivement à tourner le regard vers le Ciel (Dyu), la manifestation de Dieu sous sa forme dominatrice et protectrice, Celui qui ordonne tout ce qui est manifeste dans les premiers hymnes du Rig Veda, la conception védique de Dieu la plus proche de celle de la Bible. Mais la perception de Qui est Dieu a évolué avec la capacité des hommes à manipuler des concepts abstraits. Dans les Upanishads Il est la Personne de l'Absolu (ce Brahman qui inclue Tout, l'existant et l'illusoire), l'Existence en tant que telle (OM Tat Sat), au delà du temps et de l'espace, Celle qui n'est jamais absente, la Conscience dont tout procède, Celle qui éteint l'univers en clignant des yeux. Sa forme Varuṇa est devenue depuis plus de 3000 ans une manifestation secondaire: le Seigneur des eaux (vār) qui couvrent la terre et le foetus, celui qui préside à l’ouest parmi les points cardinaux et aux sphères inférieures (sous-marines). Depuis lors Il ne fait plus l'objet d'un culte, mais il n'est pas dans les mœurs en Hindustan de renier les divinités sous le prétexte de progrès des connaissances ou de réformes. En fait l'exclusion serait en contradiction avec le concept de Brahman. Et puis les eaux qui portent Nārāyana et qui donnent la vie méritent bien un dieu.                 
  • Śakti: La Puissance divine, qui se manifeste principalement sous cinq formes: Durgā, Sarasvatī, Lakshmī, Pārvatī, Rādhā, avec des attributs sāttvika, rājasa ou tāmasa. La "moitié" du Seigneur au sens littéral, qui dans les textes écrits aux temps modernes (par influence biblique à n'en point douter) "naît de son flanc gauche". En particulier Shiva étant (bien qu'Il préfère méditer) Celui qui perpétue la vie, il se dédouble en Shiva et Shivā. Durgā est l'invincible rassemblant les pouvoirs de Vishnu, Brahmā et Shiva, la déesse terrible aux huit bras portant toutes les armes divines, divinement attirante aussi avec ses yeux grands comme des feuilles de lotus (padma-aksha) symbolisant la connaissance, sa bouche pulpeuse comme un grenade (bimba) et son sourire indulgent. Sa fête (Navarātra) durant neuf nuits de la nouvelle lune du mois d'Ashvin (octobre) est la célébration de ses neuf formes. Elle culmine dans la célébration de la victoire du divin sur les forces maléfiques (Vijayā daśamī), une des trois principales fêtes du calendrier hindou, restant dans les mémoires comme celle de Durga sur Mahāsura et aussi celle de Rāma sur Rāvana (Rāma-līlā). La nuance subtile entre les deux aspects de la "moitié" du Seigneur, Ṡakti et Prakṛiti, est que l'une peut et l'autre accomplit. Nārāyana donne dans le Brahma-Vaivarta Purāna (dans l'introduction du Prakṛiti Khanda) l'étymologie suivante du mot Prakṛiti: pra indique la compétence, kṛi l'action et ti le réceptacle. Comme presque toutes ces analyses étymologiques des Purānas, la décomposition est fantaisiste mais néanmoins très explicite.             
  • Sarasvatī: "celle dont les flots abondent" (du verbe sṛi: couler rapidement, et de là sara: source d'eau abondante). Elle est la rivière de la parole, la déesse des pensées exprimées, de la poésie et de la musique, la compagne de Brahmā ou de Nārāyana selon l'esprit du texte qui en parle (les formes essentielles du divin se fondant l'une dans l'autre). Sans doute du fait d'avoir trop coulé aux temps védiques aussi bien en eaux qu'en paroles, elle s'est tarie au Bhārata-varşa (à l'origine elle coulait en Haryana, au Punjab et au Rajasthan), ou bien ses eaux ont disparu de la surface parce que la parole divine n'est plus suffisamment écoutée au kali-yuga. Et pourtant! Le langage est le pilier essentiel de toute culture, sans lequel on ne peut exprimer des pensées ni raisonner. Sarasvatī est la bouche des Vedas. Pour notre plaisir elle est aussi la muse des poêtes et des musiciens et l'inspiratrice des scientifiques. Aussi lui rent-on hommage par un ārti au début d'une conférence ou d'un spectacle.   
  • Lakshmī: celle aux bons auspices, source de la prospérité, déesse de la beauté, de la modestie, la compagne idéale de Vishnu. Son autre nom le plus fréquent est Shrī. La principale fête hindoue du calendrier est la fête de Lakshmī, Dīpāvalī, le jour de la nouvelle lune de Kartik (octobre-novembre). La deuxième fête par l'amplitude des réjouissances est celle de Rādhā, Holi, le jour de pleine lune terminant le mois lunaire de Phalguna (fevrier-mars). Lakshmī est le fleuron des manifestations divines nées du barratage de la mer de lait, avec le nectar d'immortalité (amṛita) qui comme la prospérité pourrait bien n'être qu'un leurre. Vishnu la porte sur son coeur dans la boucle Shrīvatsa. Le fait que Shrī ne dédaigne pas résider aussi dans la bouse des vaches atteste de sa modestie et le comportement de Sītā lorsque Rāma la répudie atteste de sa dévotion à son époux. Elle donne ainsi l'exemple de la bonne épouse, dont il va sans dire que cette dévotion sans partage est la qualité essentielle (toujours selon les écrits védiques).       
  • Pārvatī: Shivā, la compagne de Shiva, fille d'Himavat, qui dans une précédente manifestation était Umā ou Satī, fille de Daksha. Son nom ne signifie rien d'autre que fille de Parvata, i.e. la montagne (Himavat – le domaine des neiges, désignant les Himalayas). Mais il évoque par sa consonnance ce qu'elle représente: celle qui accomplit (sens littéral du mot Prakṛiti), autrement dit la réalisation, la matérialisation, l'implication dans l'activité (Pravṛitti) du soi immatériel (ātman), le nom le plus logique de ce que sous forme manifeste-tangible on appelle aussi "Nature". Selon la philosphie des Upanishads la dite Nature est en effet le champs des activités matérielles (karma-kshetra) que la personne crée pour se manifester. Cela vaut pour la Personne cosmique au début d'un cycle de création–évolution-destruction, pour l'âme d'essence divine qui au moment de sa transmigration choisit une matrice conforme à ses activités de prédilection et se fabrique un nouveau corps à partir des éléments, et aussi dans une certaine mesure pour chaque personne le matin au réveil lorsqu'elle reprend conscience de la réalité. Prakṛiti est tout simplement le complément du Puruṣa. Sans Elle, Il reste pure conscience, immatérielle, intemporelle sans objet à manipuler ou posséder. Elle a aussi une forme potentielle non manifeste et permanente: ce qui est succeptible de donner naissance à un univers. Localement, dans l'espace-temps, Elle a une forme accomplie qu'on appelle la réalité. L'univers réel est un état d'équilibre métastable du Brahman, qui à l'équilibre absolu est binaire et non-manifeste (Puruṣa et Prakṛiti) et qui au comble de l'individualisme serait chaos. Parmi les formes de Śakti, Pārvatī est celle qui est tāmasa, Kālī celle qui tire la langue parce qu'elle a marché par inadvertance sur son époux endormi, pour s'en excuser (ou serait-ce par défi?). Mais elle est aussi la plus séduisante, la plus mystérieuse. Elle personnifie la Femme, puisque la Nature est le réceptacle de la graine divine (bija) et le verbe pour créer (srij) signifia avant tout émettre. Le couple Shiva-Shivā est parfois représenté sous une forme humaine androgyne, mâle dans sa partie droite et femelle dans sa partie gauche. Un autre joli nom de Pārvatī est Girija, celle qui est née de la montagne; mais le mot gir veut aussi dire la louange, et en coinséquence Gir désigne souvent Sarasvatī.  
  • Savitrī: Celle qui exalte l'âme, qui stimule (sens étymologique du verbe sū) la spiritualité, la dépositrice des Vedas et de la Gāyatrī dont un des 3 padas est précisément: tat savitur varenyam. Son nom est d'ailleur le féminin de Savitṛi, un des pseudonymes de Sūrya. Certains textes la désignent comme la compagne de Brahmā, puisque sa première action est d'énoncer les Vedas. Parmi les mortels elle est cette jeune épouse d'un brāmana à la santé fragile qui lors de la mort de ce dernier harcèle Yama pour qu'il le lui rende et parvient à ses fins (Vana Parva).
  • Rādhā: Celle qui assujettit, la réussite. Est-il nécessaire d'en dire plus? Elle est l'amoureuse de Kṛiṣṇa. Il n'est pas à ma connaissance question d'elle dans les Upanishads ou dans les odes des Vedas. Mais elle est le complément indispensable de Lakshmī. Les textes les plus impertinents l'accusent de jalousie.  
  • Sapta-ṛishis: les sept grands sages (rishis) nés de Brahmā. Leurs noms sont: Angiras, Atri, Kratu, Marīchi, Pulaha, Pulastya et Vasishtha.
  • Prajā-patis: les grands géniteurs des tribus de créatures, qui donnent la naissance (jan), dont les principaux sont Bhrigu, Daksha et Kashyapa.
  • Loka-pālas: les protecteurs des mondes (loka), qualificatif utilisé principalement pour désigner Indra, Yama et Varuna.