Mahābhārata Livre 3 - Vāna Parva
Histoire de Nala et Damayantī
Section LXX

Après qu'un long temps se fut passé, un brahmin nommé Parnāda revint à la cité et dit à la fille de Bhīma: "O Damayantī, pour rechercher Nala le roi des Nishadhas, je suis allé à la cité d'Ayodhyā et me suis présenté au fils de Bhāngasura. O meilleure des femmes, j'ai répété tes paroles en présence de Rituparna béni (de tous). Mais après les avoir entendues, ni ce souverain des hommes ni ses courtisans ne répondirent rien, bien que je les aie répétées plusieurs fois. Puis après avoir pris congé du monarque, je fus accosté par un des serviteurs de Rituparna du nom de Bāhuka. Bāhuka est l'aurige du roi, d'aspect disgracieux et aux bras courts. Il a le talent de conduire vite et a une bonne connaissance de l'art culinaire. En soupirant fréquemment et en pleurant constamment il s'inquiéta de ma santé puis dit ces mots: "Les femmes chastes, même lorsqu'elles tombent dans le malheur, se protègent et ainsi s'assurent le paradis. Bien qu'il leur arrive d'être abandonnées par leur seigneur, elles ne s'en fâchent pas car les femmes chastes mènent leur vie en ayant revêtu l'armure d'un comportement vertueux. Il ne leur sied pas d'être en colère car celui qui les a abandonnées était en proie à la calamité et privé de tous les délices. Une femme d'une sublime beauté et vertueuse ne devrait pas être en colère contre celui qui a été dépouillé de son vêtement par des oiseaux alors qu'il se démenait pour se procurer de la nourriture et qui est maintenant consumé par le chagrin. Qu'elle soit traitée mal ou bien, une telle femme ne devrait pas s'abandonner au courroux, sachant son époux dans la détresse, privé de royaume et de prospérité, accablé par la faim et écrasé par la calamité." En entendant ces mots je me suis précipité ici. Tu as tout entendu. Fais ce qui te semble approprié et informes-en le roi."
O roi, après avoir entendu ces paroles de Parnāda, Damayantī vint trouver sa mère avec les yeux en pleurs et lui dit en privé: "O mère, le roi Bhīma ne devrait pas par aucun moyen être mis au courant de mon projet. En ta présence je vais avoir recours à ce meilleur des brahmins, Sudeva. Si tu veux mon bien, fais en sorte que le roi Bhīma ne sache pas ce que je projette. Que Sudeva aille sans délai à la ville d'Ayodhyā pour en ramener Nala, O mère, après avoir accompli les mêmes rites de bon auspice par la vertu desquels il a pu me ramener rapidement au milieu de mes amis." Après ces mots, quand Parnāda eut récupéré de sa fatigue, la princesse de Vidarbha lui rendit hommage avec des cadeaux à profusion et dit aussi:" Quand Nala viendra ici, O brahmin, je te donnerai à nouveau des biens en abondance. Tu m'as rendu un immense service que nul autre ne peut me rendre car, O le meilleur parmi les deux fois nés, je vais rapidement retrouver mon seigneur." Ces mots lui ayant été adressés par Damayantī, le brahmin à l'esprit noble la réconforta en prononçant des paroles de bénédiction et de bon auspice, puis il rentra chez lui en considérant qu'il avait rempli sa mission avec succès. Après qu'il fut parti, Damayantī en proie au chagrin et à la détresse appela Sudeva et, O Yudhishthira, en présence de sa mère, lui dit: "O Sudeva, va à la cité d'Ayodhyā aussi directement qu'un oiseau et dis au roi Rituparna qui vit là-bas ces mots: "La fille de Bhīma, Damayantī, va tenir un autre svayamvara. Tous les rois et princes s'y rendent. D'après mes calculs du temps passé, la cérémonie se tiendra demain. O punisseur de tes ennemis, si cela t'est possible, va s'y sans délai. Demain dès le lever du soleil elle choisira un second mari puisqu'elle ne sait pas si l'héroïque Nala est ou non en vie." Ayant reçu ces consignes, O monarque, Sudeva se mit en route et il dit à Rituparna tout ce qu'on lui avait demandé de dire.
Je ne pourrais affirmer ce qu'il en était à l'époque mais le stratagème ne serait pas plausible de nos jours. Damayantī ayant deux enfants, et de surcroît un fils, n'était pas libre de se remarier.