Mahābhārata Livre 12 Shanti Parva Le livre de la paix
La vérité prévaut à tout
Section CCCXXX La vérité prévaut à tout

Cette formule est restée à une nuance prêt la devise de l'Etat Indien: La vérité prévaudra. Espérons qu'elle restera toujours sincère car là où on peut la lire le plus souvent est sur ces billets de banque qui sont le produit le plus faux de notre culture.
[Bhishma] Après que Vyāsa ait quitté cet endroit, Nārada, se déplaçant dans les airs vint trouver Shuka (le fils de Vyāsa) qui était occupé à étudier les écritures. Le rishi céleste venait demander à Shuka la signification de certaines sections des Vedas. Lorsqu'il vit arriver le rishi dans sa retraite, Shuka lui présenta ses respects en lui offrant l'arghya en conformité avec les rites établis par les Vedas. Satisfait de l'honneur qui lui était fait, Nārada s'adressa à Shuka en ces termes: "Dis-moi, O toi la meilleure des personnes vertueuses, comment pourrais-je accomplir ce qui te serait le plus profitable, O cher enfant?" Shuka lui répondit: "C'est à toi qu'il incombe de m'instruire sur ce qui me serait bénéfique."
[Nārada] Dans des temps anciens l'illustre Sanatkumara (un des quatre frères qui furent créés les premiers par Brahmā: les Vishvedeva.) dit ceci à certains rishis à l'âme pure qui s'étaient placés sous sa protection pour s'enquérir de la vérité. Il n'y a pas de vision qui vaille celle de la connaissance. Il n'y a pas d'austérité qui vaille le renoncement. L'abstention des actions impies, la pratique assidue de la droiture, une bonne conduite, l'observance de tous les rites religieux, voilà ce qui constitue le plus grand bien. Ayant acquis la condition humaine qui est lourde de chagrins, celui qui s'y attache tombe sous le joug de l'illusion. Un tel homme ne réussit jamais à s'émanciper de la souffrance. L'attachement est le signe de la souffrance. La compréhension d'une personne qui est attachée aux choses de ce monde s'empêtre de plus en plus dans les mailles de la stupeur (ou de l'abrutissement, de l'illusion) et il y trouve la souffrance ici et après. On doit par tous les moyens en son pouvoir réfréner le désir et la colère si on cherche à réaliser ce qui est pour son bien. Ces deux-là ne surgissent que pour détruire le bien-être. On doit toujours se protéger de la colère dans l'austérité et de la vanité dans la prospérité. On doit toujours se protéger de l'honneur et du déshonneur dans la connaissance et protéger son âme de l'erreur (qui est synonyme d'illusion, stupeur).
Cette déclaration peut donner lieu à diverses interprétations. Celle de Ganguli à propos de l'austérité est qu'elle procure du pouvoir et que l'ascète peut être tenté de s'en servir pour maudire quelqu'un. La mienne est qu'il faut se garder de se soumettre à l'ascèse de mauvais cœur en se plaignant de l'inconfort qu'elle implique. Quant aux dangers de la connaissance, on ne doit pas chercher à en tirer la notoriété et se garder de faire ce qui prouverait que la connaissance qu'on a acquise est inutile. Mais le déshonneur peut aussi simplement résider dans le fait qu'il existe des connaissances dégradantes. 
[Nārada] La générosité est la plus grande des vertus. L'indulgence est le plus grand des pouvoirs. La connaissance de soi est le plus grand des savoirs. Il n'est rien de plus grand que la vérité. Il est toujours approprié de dire la vérité. Dire ce qui est bénéfique est préférable à la vérité. Je tiens pour certain que c'est la vérité qui est la plus lourde de bénéfice dans toutes les créatures. Satyadapi hitam vadet (littéralement: dire ce qui est bénéfique plus que la vérité) peut être considéré comme une restriction au principe de toujours dire la vérité, dans certains cas particuliers. Une histoire racontée dans le Mahābhārata parle d'un ermite qui, pour ne pas faillir au principe de ne jamais mentir, dénonce des personnes qu'il a vu se cacher dans les bois à des malfaiteurs qui les poursuivent. Il aurait pu se contenter de se taire. Cependant Bhīshma nous a enseigné au cours du Sabhā Parva que celui qui est en possession de certaines informations et les tait dans une assemblée commet une faute. On mentionne aussi souvent le cas du médecin qui n'informe pas un patient sur son état pour ne pas l'aggraver en agissant sur son moral. Il me semble pour ma part que Nārada est clair sur la question: l'ayant soulevée, il conclut que c'est la vérité qui est bénéfique. Dans le pire des cas, se taire vaut mieux qu'un mensonge.