Mahābhārata Livre 7 - Drona Parva
La fete des lumières
Section CLXVII La fete des lumières [Sanjaya] Au cours de cette féroce et terrifiante bataille, quand le monde était plongé dans l'obscurité et la poussière, O roi, les combattants se tenant sur le champ de bataille ne pouvaient pas se voir l'un l'autre. Ces fleurons des kshatriyas se combattaient en se fiant aux conjectures et aux noms qu'ils se lançaient. Durant ce terrible carnage de chars, éléphants, chevaux et fantassins, O seigneur, ces héros, Drona, Karna, Kripa, Bhima, Prishata (Dhrishtadyumna) et Satvata (Satyaki) s'accablaient l'un l'autre ainsi que leurs troupes. Les combattants de deux armées, oppressés par les rathas tout autour d'eux, tentaient de fuir de tous côtés au coeur de la nuit. Effectivement, les guerriers rompaient le combat et s'enfuyaient dans toutes les directions avec le coeur découragé et alors ils subissaient un grand carnage. Des milliers de rathas parmi les meilleurs s'entretuèrent dans cette bataille, O roi. Incapables de rien voir ils étaient privés de leurs sens. Tout cela était le résultat des conseils malveillants de ton fils. Vraiment, à cette heure où le monde était enveloppé d'obscurité, toutes les créatures, O Bharata, y compris les meilleurs des guerriers, pris de panique, perdaient la raison dans cette bataille.
[Dhritarashtra]
Comment évolua votre état d'esprit quand, accablés par cette obscurité, vous étiez tous privés de votre énergie et agités furieusement par les Pandavas? Comment aussi, O Sanjaya, alors que tout était enveloppé dans l'obscurité, les troupes Pandavas et les miennes redevinrent visibles?
[Sanjaya] Le restant de l'armée, sous les ordres de ses chefs, fut une fois encore rangé en ordre de bataille. Drona se plaça à l'avant garde et Shalya à l'arrière. Le fils de Drona et Shakuni, fils de Suvala, se placèrent sur les flancs droit et gauche. Cette nuit-là, O monarque, le roi Duryodhana s'occupa à protéger ses troupes. Pour remonter le moral de tous les fantassins, il leur dit: "Posez vos grandes armes et prenez tous des lampes allumées dans vos mains." Ayant reçu cet ordre du meilleur des rois, les fantassins prirent joyeusement des lampes allumées. Les dieux et les rishis, les gandharvas et les diverses tribus d'apsaras, vidyadharas, nagas, yakshas, uragas et kinnaras stationnées au firmament prirent aussi des lampes allumées. Une multitude de lampes, emplies d'huile au doux parfum, furent vues en train de tomber des points cardinaux principaux et subsidiaires de l'horizon. Pour le bénéfice de Duryodhana, on en vit de nombreuses provenant en particulier de Narada et Parvata (Himavat père de Parvati), éclairant cette obscurité. L'armée Kaurava, disposée en rangs compacts, paraissait resplendissante pendant cette nuit, à la lumière de toutes ces lampes, des ornements coûteux et des armes célestes éclatantes tirées par elle ou sur elle (en guise de feux d'artifices). Sur chaque char étaient placées cinq lampes et sur chaque éléphant trois. Une grande lampe était placée sur chaque cheval. C'est ainsi que les guerriers Kurus éclairèrent leur armée. Mises en place en peu de temps, ces lampes éclairèrent rapidement toute l'armée. En vérité, toutes les troupes irradiées ainsi par les fantassins tenant une lampe à huile dans leurs mains étaient belles, comme les nuages au cours d'une nuit d'été illuminés par les éclairs. Quand l'armée Kuru eut ainsi été illuminée, Drona, doté de l'effulgence du feu consumant tout autour de lui, paraissait radier dans son armure dorée, O roi, comme le soleil de midi aux rayons étincelants. La lumière de ces lampes était réfléchie par les ornements dorés, les cuirasses et les arcs, ainsi que par les armes (en fer) bien trempées. Les masses que l'on faisait tournoyer avec des cordes, les parighas (barres ou gourdins en fer), chars, hampes et flèches, dans leurs mouvements, créaient par leurs reflets, O Ajamidha, des myriades de lampes. .../.... S'il n'y avait l'évidence que la bataille eut lieu au coeur de l'hiver et que Bhishma mourut au solstice de printemps, je dirais que les Bharatas ont fêté Dipavali, la fête des lumières, qui suit d'un mois lunaire celle de la victoire des forces du bien sur celles du mal (de Rama sur Ravana et de Durga sur Mahishasura). Elles ont lieu aux dates des nouvelles lunes de Kartika et Agrahayana, i.e. en octobre et novembre. Dipavali est la fête du retour de Rama à Ayodhya après 13 ans d'exil. C'est aussi la fête de la victoire de Krishna sur Naraka. Dipavali est surtout la fête de l'abondance et de la prospérité, en l'honneur de Lakshmi (la Propice), correspondant à la fin de la saison des moissons d'automne. Pour l'accueillir dans la maison, on allume des rangées de chandelles aux fenêtres et dans les montées d'escaliers et on dessine ses pas sur les marches. Bien que la nouvelle année débute traditionnellement le jour du printemps (fin mars), juste après l'autre fête de la joie, Holi, instaurée par Krishna, Dipavali est le jour où l'on achète un calendrier et s'adresse des voeux pour l'année à venir. La raison de cette apparente incohérence est toujours la même: la réluctance à remplacer une fête par une autre, une croyance par une autre. Pourquoi ne pas fêter deux fois le nouvel an? Dipavali est sans doute une fête plus ancienne, dont la nature n'est pas sans me rappeler l'origine commune des Aryens du Bharat-varsha et d'Iran (dont le nom est d'ailleurs une simple déformation d'arya). Les disciples du prophète Zarathustra, auteur de l'Avesta, donnèrent au Dieu Suprême le nom d'Ahura Mazda: Lumière. Pour lui rendre hommage les Parsis, ou Iranis (noms que se donnent ceux qui ont survécu à l'asservissement et à l'extermination au moment ou se répandit l'Islam), conservent un feu sacré allumé depuis plus de 4000 ans (à ce qu'ils disent) et éclairent ses temples d'une multitude de lumières. Es-ce une coïncidence? A part cela et l'importance du feu dans les cultes, les deux religions diffèrent sur bien des plans. Les soldats de l'armée Pandava allumèrent aussi des lampes et Sanjaya continue à s'extasier sur les jeux de lumière des lampes sur les armes et bijoux jusqu'à la fin de la section.