Mahābhārata Livre 8 - Karna Parva
Une autre leçon de morale sur un champ de bataille

Section LXIX Une autre leçon de morale sur un champ de bataille Apprenant que Karna était encore en vie, Yudhishthira, loin de se montrer satisfait de l'attention de son frère, se mit à l'invectiver. "Fi de toi, ton arc Gandiva et tes flèches inépuisables, de ta bannière à l'effigie d'Hanuman, puisque tu as peur de Karna. Que ne les donnes-tu pas à un roi qui saura s'en servir pour nous délivrer de lui? Il aurait mieux fallu que ta mère avorte que de te donner naissance!" C'était la deuxième fois ce jourlà qu'on accusait Arjuna de manquer d'activité.
[Sanjaya] Adressé en ces termes par Yudhishthira, le fils de Kunti aux chevaux blancs, empli de rage, sortit son épée pour tuer ce taureau de la race de Bharata. Voyant cette colère (inexcusable) et connaissant les voies du coeur humain, Keshava dit: "Pourquoi, O Partha, tires-tu ton épée? Je ne vois ici, O Dhananjaya, quiconque à combattre. Les Dhartarashtras sont actuellement assaillis par l'intelligent Bhimasena. Tu viens du combat, O fils de Kunti, pour voir le roi. Le roi tu l'as vu. En fait, Yudhishthira paraît se porter bien. Ayant vu ce tigre parmi les rois qui est doté de la prouesse d'un (vrai) tigre, quelle est cette folie à un moment où tu devrais te réjouir? Je ne vois pas ici quelle personne tu pourrais tuer. Alors pourquoi frapper? Quel est ce délire de ton esprit? Pourquoi saisis-tu si vite cette formidable épée? Je te le demande, O fils de Kunti: qu'es-tu en train d'entreprendre?" Arjuna, gardant les yeux rivés sur Yudhishthira et soufflant fort comme un serpent en colère, dit à Govinda: "Je couperai la tête de quiconque osera me dire de donner ma Gandiva à un autre. C'est le voeu que j'ai formé en secret. Ce sont les paroles que ce roi vient de prononcer en ta présence, O Govinda à la prouesse sans limite. Je ne pardonnerai pas à celui qui tient de tels propos et par conséquence je vais tuer ce roi qui ne saurait souffrir la moindre déchéance de la vertu. En abattant ce meilleur des hommes, je tiendrai ma parole et c'est pour cela que j'ai tiré mon épée, O délice de la race de Yadu. En tuant Yudhishthira, je paierai ma dette à la vérité et dissiperai mon chagrin et ma fièvre, O Janardana. (N'ayant pas personnellement entendu Dhananjaya prononcer ce voeu, je suspecte qu'il invente cette histoire pour tenter de justifier son geste.) Je te demande, quelle conduite considères-tu comme appropriée en la circonstance, Toi O Seigneur qui connais le passé et le futur de cet univers? Je ferai ce que tu me diras."
[Govinda] Fi! Fi! Je sais maintenant, O Partha, que tu n'as pas "pris soin des anciens" puisque, O tigre parmi les hommes, tu as cédé à la colère à un moment où tu n'aurais pas dû. (Tu n'as pas reçu l'enseignement de sages.) Personne au courant des subtilités de la morale n'agirait ainsi, O Dhananjaya. Il est le pire des hommes, O Partha, celui qui agit apparemment de façon appropriée tout en commettant des actions qui sont contraires aux écritures. Tu ne connais pas les déclarations que font les lettrés aux disciples qui les servent, leurs opinions conformes aux dictats de la morale. L'homme qui n'est pas habitué à (se référer à) une telle autorité commet comme toi des erreurs de jugement lorsqu'il doit choisir entre ce qu'il convient de faire et de ne pas faire, O Partha. Ceci ne peut être établi aisément sans l'aide des écritures. Or tu ne connais pas les écritures puisque, étant au fait de la morale, tu agis de manière ignorante. (Tu l'as apprise mais ne l'a pas comprise.) Tu crois connaître la vertu et tu ne sais pas, O Partha, que le massacre de créatures vivantes est un péché. (Bigre! Krishna attend pourtant de lui qu'il tue toute sa famille. Cette leçon de morale ne risque-t-elle pas d'augmenter la confusion d'Arjuna?) S'abstenir de la violence (ahimsa) envers les animaux est je le pense la plus grande vertu. On peut éventuellement dire un mensonge mais on ne devrait jamais tuer. Comment donc, O meilleur des hommes, peux-tu former le voeu comme une personne "ordinaire" de tuer ton frère aîné, le roi qui est versé dans la morale. (La personne ordinaire est un euphémisme pour désigner une créature dépourvue du jugement qui confère la dignité d'être humain et Krishna pose en fait la question: comment peux-tu te prétendre moral et tuer celui que la morale désigne comme ton guru en matière de morale?) Le meurtre d'une personne qui n'est pas engagée dans le combat ou bien d'un ennemi qui a tourné le dos au combat, qui s'enfuit ou qui demande merci, joint les mains et se soumet, ou bien qui est indifférent, n'est en aucune circonstance loué par le sage. Ces attributs sont présents en ton supérieur. (En fait un seul: le premier.) Ce voeu, O Partha, tu l'as pris dans le passé par bêtise et en raison de ce voeu tu veux aujourd'hui par folie perpétrer un acte impie. Pourquoi te précipites-tu sur ton supérieur révéré pour le tuer sans avoir élucidé les voies subtiles de la morale difficiles à comprendre. Je vais maintenant te dire, O fils de Pandu, ce mystère se rapportant à la morale, qui a été énoncé par Bhishma, Yudhishthira le juste, Vidura aussi appelé Kshatri (fils de kshatriya) et par Kunti à la grande réputation. Ecoute O Dhananjaya! (Ecoute cette subtilité de la morale que tu aurais pu apprendre de ton grand-père, ton frère aîné ou ta mère si tu avais écouté.) Celui qui dit la vérité est un juste. Il n'y a rien qui ait plus de valeur que la vérité. Cependant les attributs essentiels de la vérité sont extrêmement difficiles à reconnaître dans la pratique. Il se peut que la vérité ne puisse être dite, voire même qu'un mensonge puisse être prononcé quand le mensonge devient vérité et la vérité mensonge. (C'est-à-dire quand un mensonge amène une conséquence porteuse de vérité alors qu'un choix strictement conforme à la vérité aurait abouti à une conséquence "tamasa".) Dans le cas où la vie est en danger ou dans le mariage, le mensonge est admissible. Dans le cas aussi ou tout le bien d'une personne serait perdu, le mensonge est admissible. A l'occasion d'un mariage, ou pour séduire une femme, quand la vie est en danger, ou que la propriété peut être entièrement perdue, pour le bien d'un brahmin, un mensonge peut être prononcé. Ces cinq types de mensonges ont été déclarés sans péché.
Krishna qui aime à plaisanter et formuler ses vérités d'une manière provocante dit à Arjuna: Si dire un mensonge implique de sauver la vie de quelqu'un alors que lui dire la vérité le mettrait directement ou indirectement en danger, par exemple en étant préjudiciable à son moral, alors le mensonge est permis. S'il ose dire cela après avoir poussé Yudhishthira à mentir pour démoraliser Drona, c'est parce que lui seul sait où se trouve la vérité dans cette affaire. Qu'est-ce que la vérité? Me référant au Bhagavad Gita, c'est ce qui est permanent (bhava), inaltérable indépendamment des circonstances. C'est donc sur la base de cette défintion qu'il convient de juger ce qui donc compte vraiment. La morale n'est rien d'autre que ce qui est conforme à la vérité. Dans le mariage, un mensonge est admissible s'il sauve l'intégrité du couple car cela seul compte et doit absolument perdurer. Dans la séduction, un mensonge est admissible puisqu'il accroît le plaisir sans porter à conséquence: dire à une femme qu'elle est belle tout en sachant qu'elle est affreuse à regarder est charitable et la charité est un comportement vrai. Certes, cette dernière déclaration est sujette à caution. Mais l'humour aussi est une forme de vérité! Ainsi "à l'occasion d'un mariage" signifie probablement à l'occasion d'une fête où il est d'usage de plaisanter. Les propos qui sont tenus, notamment dans les chansons, à l'occasion des mariages en Inde feraient rougir en d'autres circonstances. Mentir pour sauver la vie d'un brahmin est de toute évidence un comportement vrai car le brahmin est celui qui sait la vérité. Ceci dit, beaucoup ne retiennent de cette tirade que Krishna fait l'apologie du mensonge. Comme quoi "il se peut que la vérité ne puisse être dite."
[Krishna] En de telles occasions la vérité devient mensonge et le mensonge vérité. Celui qui pratique la vérité (ici dans le sens de franchise) sans connaître la différence entre vérité et mensonge est assurément un fou. On dit d'une personne qu'elle est au fait de la morale quand elle est capable de distinguer la vérité du mensonge. Pourquoi en ce cas s'étonner qu'un homme sage puisse obtenir un grand mérite en perpétrant un acte cruel, comme Balaka en tuant la bête aveugle? Pourquoi aussi s'étonner qu'une personne sotte et ignorante acquière un grand péché en cherchant à gagner du mérite, comme Kaushika en vivant parmi les rivières? (Kaushika est le nom de famille du roi qui devint connu sous celui de Vishvamitra, l'ami de tous, dont l'histoire sera racontée dans l'Anushasana Parva. Mais c'est celle d'une autre personne du même nom que va nous raconter Krishna.)
[Arjuna] Raconte-moi, O Très Saint, ces histoires exemplaires à propos de Balaka et de Kaushika afin que je puisse comprendre.
[Vasudeva]
Il était (une fois) un chasseur, O Bharata, du nom de Balaka, qui pour la subsistance de son fils et de ses épouses avait pour habitude de tuer des animaux, bien que ce ne fût pas sa volonté. Dévoué aux devoirs de son ordre, disant toujours la vérité et ne nourrissant aucune malice, il prenait soin de ses parents et d'autres qui dépendaient de lui. Un jour, alors qu'il cherchait avec attention et persévérance quelque animal, il n'en trouvait point. Finalement il vit une bête de proie dont l'odorat compensait le dysfonctionnement de la vue, qui était en train de boire de l'eau. Bien qu'il n'ait jamais vu un tel animal auparavant, il le tua immédiatement. (Ce qui à priori est d'autant plus une faute qu'il ne sait pas si la viande de cet animal est comestible.) Dès que cette bête aveugle eut été abattue, une pluie de fleurs tomba des cieux et un char céleste, extrêmement plaisant et résonnant du chant et des instruments de musique des apsaras, descendit des cieux pour emporter ce chasseur. Cette bête de proie, après avoir pratiqué des austérités ascétiques, avait obtenu une grâce, en conséquence de quoi elle était devenue la destructrice de toutes les créatures. (Ses proies ne pouvaient lui échapper.) C'est pour cette raison que Celui qui naît de lui-même (Svayambhu Brahma) la rendit aveugle. Ayant abattu cette bête qui était résolue à tuer toutes les créatures, Balaka alla aux cieux. La morale est tout de même difficile à comprendre. Il y avait aussi un ascète du nom de Kaushika, qui n'avait pas grande connaissance des écritures. Il vivait en un endroit retiré loin d'un village et au confluent de plusieurs rivières. (Le lieu idéal pour un ermitage ou plus simplement pour pratiquer des sacrifices - prayaga- devenu le nom de plusieurs villes partageant cette caractéristique.) Il fit le voeu suivant: "Je dois toujours dire la vérité." Ainsi il devint célèbre, O Dhananjaya, pour la franchise de ses propos. A cette époque-là des personnes entrèrent dans cet endroit boisé par crainte de voleurs. Les voleurs, emplis de rage, vinrent eux aussi par là en cherchant attentivement ces personnes. S'approchant de Kaushika, celui qui disait la vérité, ils lui demandèrent: "O saint homme, quel chemin ont pris des personnes en grande nombre il y a peu de temps? Au nom de la vérité réponds-nous. Si tu les as vues dis-le-nous." Ainsi adjuré de le faire, Kaushika leur dit la vérité: "Ces hommes sont entrés dans ce bois où pullulent arbres et plantes grimpantes." C'est ainsi, O Partha, que Kaushika leur donna l'information. Alors ces hommes cruels trouvèrent, dit-on, les personnes qu'ils cherchaient et les tuèrent toutes. En conséquence de ce grand péché commis par la parole, Kaushika qui ignorait les subtilités de la morale "tomba" dans un enfer pénible (au sens propre ou figuré). C'est ainsi qu'un sot à la connaissance limitée et ignorant les subtilités de la morale, tomba dans un enfer de douleur pour n'avoir pas demandé à des personnes âgées d'éclairer ses doutes. On a besoin d'indications pour distinguer la vertu du péché. Parfois cette connaissance élevée et inaccessible peut être obtenue par le raisonnement. D'un autre côté, de nombreuses personnes disent que les écritures indiquent où se trouve la morale. Je ne contredis pas cela, mais les écritures ne donnent pas la solution dans tous les cas. Des préceptes de moralité ont été édictés pour que prospèrent les créatures. Celui qui concerne la non-violence est la religion (dharma). Le devoir moral (dharma) protège et préserve les personnes. C'est la conclusion des lettrés que ce qui soutient est le dharma. O Partha, je t'ai raconté quels sont les signes et indications du dharma. Ayant entendu cela, tu décides si Yudhishthira (Dharma-putra) doit être tué ou non. [Le traducteur]
Krishna reprend ici, en les illustrant par une fable, deux de ses enseignements dans le Bhagavad Gita. Les préceptes des écritures sont ce qu'on appelle les Vedas. Il n'irait pas jusqu'à les remettre en doute, puisque c'est lui-même qui les a édictés par l'intermédiaire de Brahma. Mais ils ne sont pas toujours faciles à comprendre et, comme il l'a dit, certains n'en retiennent que ce qui les arrange. D'autre part, l'autodidacte a de fortes chances de se fourvoyer et c'est pourquoi il est toujours bon de suivre l'enseignement d'un guru ou de demander l'avis de personnes âgées lorsqu'on a un doute. Manipulant volontiers le syllogisme, il démontre ensuite que ce serait contraire à la morale de tuer celui qui: 1/ en tant que frère aîné est le souteneur et le protecteur, 2/ est le fils de Dharma et connu sous le nom de Dharmaraja.
[Arjuna] Krishna, tes paroles sont lourdes d'une grande intelligence et imprégnées de sagesse. Tu es pour nous comme nos parents et notre refuge. Rien ne t'est inconnu de par les trois mondes et tu es très au fait des canons de la morale. O Keshava du clan des Vrishnis, tu connais le voeu que j'ai prononcé que tout homme qui me dirait "Partha, donne Gandiva à quelqu'un de plus courageux que toi" je mettrais fin à ses jours immédiatement. Bhima lui aussi a fait la promesse que quiconque l'appellerait "tularak" (brin d'herbe, petite queue de fleur, insulte à sa virilité) serait mis à mort par lui sur le champ. Il y a quelques instants le roi a utilisé plusieurs fois ces mots en ta présence, O héros: "Donne ton arc". Si je le tue, O Keshava, je ne pourrai survivre en ce monde même pour un instant. Ayant formé l'intention de mettre à mort le roi par folie, ayant perdu la raison, je suis souillé par le péché. Il t'appartient aujourd'hui, O toi le meilleur de tous les justes, de me conseiller pour que mon voeu connu de tout le monde se vérifie (dans les actes) et qu'en même temps le fils aîné de Pandu et moimême survivions.
Un kshatriya est presque par nature vaniteux et reconnaît difficilement ses fautes. Lorsqu'on demandera longtemps plus tard à Yudhishthira (Mahaprasthanika Parva, section 2) quel est le plus grand défaut de son frère, il répondra: celui-là se croit toujours meilleur que les autres.
[Vasudeva] Le roi était fatigué et en proie au chagrin. Il a été mutilé par les nombreuses flèches de Karna. (Un Indien dit encore volontiers de lui-même: j'ai beaucoup souffert, j'ai été mutilé ou j'ai beaucoup de chagrin. Alors pourquoi chercher à employer des termes plus pudiques comme le ferait un Français.) Après leur combat, alors qu'il faisait retraite, il a encore été frappé par le fils de suta. C'est pour cela que, travaillé par sa charge de peines, il a employé ces mots inappropriés en s'adressant à toi sous l'effet de la colère. Il te provoquait par ces mots pour que tu tues Karna au combat. Le fils de Pandu sait que le misérable Karna n'a pas d'adversaire digne de lui en ce monde. C'est pour cela, O Partha, que le roi très en colère t'a jeté à la face ces mots pénibles. L'enjeu de la bataille aujourd'hui réside en Karna toujours alerte et imbattable. Une fois ce Karna tué, les Kauravas seront nécessairement vaincus. C'est ce qu'a dû penser le royal fils de Dharma. Dharma-putra ne mérite pas pour cela la mort. (Mais) tu dois aussi tenir ta parole, O Arjuna. Ecoute maintenant le conseil que je te donne pour te satisfaire et en conséquence duquel Yudhishthira sera mort sans pour autant être privé de la vie. Aussi longtemps qu'une personne qui mérite le respect continue d'en recevoir, on dit qu'il est en vie dans le monde des hommes. Mais lorsque cette personne est traitée sans respect, on en parle comme d'un mort vivant. Ce roi a toujours été respecté par toi, par Bhima et par les jumeaux, ainsi que par tous les héros et toutes les personnes vénérables en ce monde depuis des années. Dans des propos insignifiants montre lui un manque de respect. Adresse-toi à ce Yudhishthira en lui disant "tu" quand l'usage voudrait que tu dises "votre honneur". (Bhavat en sanskrit, huzoor en hindi, qu'Arjuna n'emploierait en fait que pour se montrer diplomate, précisément lorsque que le coeur de ses propos pourrait être considéré comme irrévérencieux, surtout en présence d'un auditoire. Sinon l'usage était, contrairement à aujourd'hui, de se tutoyer.) Un supérieur, O Bharata, auquel on s'adresse par "tu" est tué bien que n'étant pas privé de la vie. Comporte-toi ainsi, O fils de Kunti, envers le roi Yudhishthira le juste. Adopte ce comportement critiquable, O géniteur de la race des Kurus. Cette meilleure de toutes les smritis (belles paroles des sages autres que celles des Vedas, appelées srutis) a été prononcée à la fois par Atharvan et par Angiras (dont les propos sont presque des srutis, étant l'auteur de l'Atharva Veda.) Les hommes désirant agir pour le bien devraient toujours agir ainsi sans scrupules d'aucune sorte.
La tradition est restée de se livrer à des joutes oratoires à la limite de l'irrespect pour faire baisser la pression et étouffer un conflit sous-jacent. Premchand, auteur de romans en hindi du début du vingtième siècle, en donne un exemple cocasse dans son roman "rangbhumi" où des amis se lancent à la veillée des accusations irrespectueuses et concluent en chantant des bhajans en choeur.
[Krishna] Toi qui es au fait des questions de devoir, adresse-toi au roi Yudhishthira le juste comme je viens de te l'indiquer. Cette mise à mort de ta part, O fils de Pandu, le roi Yudhishthira ne la considèrera jamais comme une offense. Après t'être adressé à lui ainsi, tu pourras vénérer ses pieds et lui dire de doux mots de respect pour apaiser son honneur blessé. Ton frère est un sage, aussi le royal fils de Pandu ne sera pas en colère contre toi. Dédouané du mensonge ainsi que du fratricide, tu pourras ensuite d'un coeur joyeux, O Partha, mettre à mort le fils de suta, Karna.
Encore une incitation au mensonge vas-tu me dire. Les incarnations divines doivent parfois tenir des propos à la limite du sérieux, lorsque leurs ouailles se montrent infantiles. La leçon n'en est pas moins pleine de sagesse lorsque les questions "d'honneur" sont en jeu.